Publié : 11 avril 2014

9 avril 2014 : lancement de la refondation de l’éducation prioritaire.

Lancer la refondation de l’éducation prioritaire.

M. Jean-Paul Delahaye, Directeur Général de l’Enseignement Scolaire (DGESCO)
Ce qui est proposé pour cette refondation c’est une inflexion pédagogique indispensable, car l’Education Prioritaire (E.P.) a plus de 30 ans aujourd’hui.

« Refondation », pourquoi ? Parce qu’il nous faut revenir à l’essentiel, aux fondements, aux fondamentaux. Refonder c’est relier aux fondamentaux. La persistance des écarts importants de réussite entre EP et Hors EP interpelle :

- creusement des inégalités sociales et concentration géographique des difficultés

- des leviers pédagogiques insuffisamment utilisés (défaut de formation des enseignants)

- une juxtaposition des dispositifs qui entraine une dilution des moyens et parfois l’incohérence des actions mises en œuvre

- un pilotage national, académique et local qui est hétérogène.

L’E.P. a pourtant été à la pointe des évolutions pédagogiques (travail interdegrés, en équipe, actions innovantes …)

La politique de l’Education Nationale doit poursuivre un double objectif :

• améliorer les résultats des élèves (réduire les écarts entre la réussite moyenne nationale et la réussite moyenne des élèves en E.P. Comment mieux faire réussir les enfants des pauvres sans que l’école soit appauvrie ? Voilà la vraie question)
• être plus équitable et plus lisible

Les élèves des réseaux sont plus sensibles aux « effets maîtres » et aux « effets établissements » et certains REP réussissent fort bien.

Un esprit pédagogique préside à la refondation. Les effets des contextes ne sont pas à nier, c’est pourquoi nous voulons articuler tous les leviers efficaces et travailler avec constance et dans la durée.

Les acquis des élèves sont la pierre de touche de la valeur de l’école. Tout ce qui l’en éloigne n’est pas à encourager. Lire, écrire, parler, cela passe par une école bienveillante et exigeante, ceci passe par des équipes éducatives formées et stables.

Le référentiel de l’éducation prioritaire, c’est le fruit de la réflexion des assises. Beaucoup de ce qui y figure est déjà réalisé, mais pas partout. Des fiches repères seront éditées pour mutualiser les pratiques pertinentes.

Le pilotage : faire vivre le conseil école-collège (instance pédagogique) en complémentarité avec le comité de pilotage du REP (ouvert aux partenaires du réseau), la mise en place du travail en équipes (temps donné pour cela aux enseignants et qui doit être bien utilisé).

Une dynamique collective, ça ne se décrète pas, ça se construit. La refondation de l’E.P. doit être dynamique.

3 mesures concernent plus spécialement les élèves :

• l’accueil des moins de 3 ans : pas d’accueil garderie, mais un accueil pensé avec les parents et les collectivités locales

• le dispositif « plus de maîtres que de classes » ouvre une perspective nouvelle sur la manière d’aborder les besoins des élèves et de l’enseignement

• l’accompagnement des élèves de 6ème : un accompagnement continu au fil de la journée, les moyens de l’accompagnement éducatif vont être réorientés.

• Les besoins de formation dans les REP : 90 formateurs recrutés dès la rentrée prochaine (enseignants déchargés partiellement de cours) auront vocation d’accompagner leurs collègues professeurs.

Les projets de réseaux des REP + : une première version devra être prête pour la rentrée prochaine, mais ce ne sera pas le projet finalisé, une écriture au fil de l’année prochaine 2014 2015 est planifiée.

Une refondation réussie, c’est une refondation qui repose sur la confiance.

Table ronde : expliciter le référentiel de l’éducation prioritaire.

Animation : Louise Tourret, France Culture.

Une école bienveillante et exigeante.

Claude Bisson-Vaivre (IGEN)

Une école « hospitalière » et bienveillante. L’école bienveillante, c’est quand l’école « accueille » enfant, parents et personnel, quand elle met toutes les chances de son côté pour faire réussir les élèves. L’instauration de rapports de confiance (respect du rôle et de la compétence de chacun des acteurs) et l’individualisation du rapport à l’élève et à sa famille sont des points essentiels.

Une école « bienveillante » est une école qui « veille bien », c’est-à-dire en situation de vigilance permanente quant au repérage des difficultés et des ressources. Ce qui doit conduire à une exigence de résultats. La réussite scolaire contribue à la réussite sociale et professionnelle.

Un projet des apprentissages scolaires : renvoyer vers le pédagogique et mettre l’accent sur la relation maitre-élève et la logique de parcours qui individualise les apports d’apprentissage.

Avoir des locaux adaptés où le corps peut s’exprimer, donner des temps pour l’expression, exploiter l’erreur comme un point de départ pour reprendre ses progrès.

Impliquer l’élève dans son travail et faire respecter les règles par tous (jeunes et adultes, toute la communauté scolaire).

Une école rigoureuse qui donne sens aux apprentissages. Mettre l’élève en situation d’acteur et évaluer ses potentialités. Mais attention, parfois, à force d’indulgence on a aseptisé l’évaluation et en ne repérant plus les faiblesses de l’élève, on ne le fait plus progresser.

Un système d’éducation qui implique les parents (et pas « qui intègre les parents »). Tous les parents veulent le meilleur pour leurs enfants. Alors il faut passer de la défiance à la confiance.

Une école bienveillante et exigeante, c’est une école qui écoute aussi ses personnels, qui analyse leurs difficultés et qui les aide. Certains souffrent car ils n’ont pas de solution et la société renvoie parfois une certaine forme d’adversité.

« Le rôle de l’école, c’est d’apprendre ce qu’est le monde ». Anna Arenth

La transmission des savoirs : « lire, écrire, parler, un enseignement explicite »

Sylvie Cèbe, professeure à l’ESPE de Clermont- Auvergne.

Ce qui pénalise les enfants de milieux populaires,

- la difficulté à expliciter l’implicite

- la méconnaissance des stratégies utiles pour comprendre (l’importance de la mémorisation, de la relecture, du repérage des informations importantes, des stratégies de contrôle des activités réalisées – beaucoup d’élèves ne vérifient s’ils ont compris que lorsque l’enseignant le leur demande)

- l’insuffisant développement du lexique « scolairement rentable ». Cette compétence va faire une grande différence entre les élèves.

Ces trois objectifs sont très sensibles à l’action de l’enseignant (de la maternelle au collège). Il faut continuer à « apprendre » à lire aux élèves (pour qu’ils comprennent), dans toutes les matières et tout au long de leur scolarité.

Dans le domaine de la langue orale : difficulté des maîtres à mettre en œuvre une pédagogie de l’oral. La co-animation doit permettre de « séparer la classe en groupes » et d’augmenter les sollicitations orales des élèves.

L’enseignement explicite : cela concerne l’enseignant dans sa classe. Ce travail d’explicitation doit être également fait par l’élève. Offrir plus de clarté cognitive (pourquoi est-ce que je vous demande de faire cela ?) Montrer que les progrès s’appliquent aussi dans la vie quotidienne (expliciter le sens des apprentissages).

Accompagner et former les personnels. Travailler en équipe.

Patrick Picard. Centre Alain Savary, IFE

Nous sommes bien là pour faire réussir les enfants des pauvres ! Les difficultés des enseignants et les difficultés des élèves sont liées. Il faut comprendre les problèmes ordinaires des écoles avant de construire des accompagnements pertinents. Un coordonateur ZEP, un IEN, un Principal, un enseignant : quels sont leurs besoins ? Comment les accompagner ?

Accompagner les accompagnateurs (coordonnateurs, co-pilotes …), c’est une urgence. Quelques académies ont su garder des CAREP, mais c’est rare aujourd’hui, mais beaucoup n’ont pas cet accompagnement des équipes de réseaux.

C’est l’investissement en formation de formateurs qui aura le meilleur rapport « quailté-prix ». Va-t-on se permettre de relever la difficulté grâce à l’expertise et l’expérience que nous avons ? Lorsque les métiers de pilotage et de coordination arrivent à créer une vraie dynamique, alors la réussite des élèves est au rendez-vous.

Coopération avec les parents et les partenaires de l’école.

Seymour Morcy. Préfet délégué à l’égalité des chances de l’Essone.

La question du savoir, c’est quelque chose qui appartient à l’école. Mais le « savoir faire », le « faire savoir », le « savoir être », tout cela peut se construire collégialement, avec des partenaires extérieurs à l’école.

Un établissement scolaire c’est à la fois une ambassade (représentation de l’institution « éducation nationale ») et en même temps ce n’est pas une ambassade (complètement étrangère à son territoire).

Le pivot de la future géographie prioritaire de la politique de la ville ce sera l’école.

Les priorités de la politique de la ville sont :

- Comment accrocher les parents, envisager l’avenir avec eux ?
Les mots qu’on utilise ne sont pas compris de la même manière.

- Comment repérer des difficultés de santé précoces, afin de ne pas pénaliser l’entrée dans les apprentissages ?
Mettre en place des dépistages précoces dans le domaine de la santé : orthophonie, tests de vue, d’audition …

Le lien vers le lycée, vers la formation professionnelle et vers l’enseignement supérieur , rien n’est simple !

Le stage en 3ème : c’est souvent vers la mairie et les écoles qu’il se fait. Mais des partenariats avec des entreprises doivent s’organiser. Là aussi il faudra travailler en complémentarité.

Renforcer le pilotage et l’animation des réseaux.

Jean-Jacques Pollet. Recteur de l’Académie de Lille

Une éducation prioritaire insuffisamment pilotée ? Il ne faut pas enfermer les équipes éducatives dans un carcan, mais on ne saurait laisser toutes les initiatives au niveau local.

Le pilotage ne se confond pas avec le commandant de bord ou avec l’équipage. Le pilote « monte à bord » pour guider le navire dans une passe difficile.

Deux instances nouvelles vont être mises en place à la rentrée prochaine :
-  le conseil école-collège (instance pédagogique)
-  l’équipe de pilotage des REP+ (réunion deux fois par an, réseau et partenaires, pour des questions plus fonctionnelles - la co-construction des demandes de subventions par exemple)

Elles vont devoir se définir leurs objectifs de travail et d’action.

Le comité exécutif était parfois à géométrie variable et rien n’était véritablement fixé (des enseignants pouvaient parfois participer selon les besoins).

- Le pilotage « local » :

Nous avons déjà construit, dans l’académie de Lille, des modalités de suivi des contrats d’objectifs : auto-évaluation des équipes et rencontre entre le conseil pédagogique du collège et du conseil pédagogique de l’académie.
Visites croisées : articulation entre le 1er et le 2nd degré.

- Le pilotage académique :

Création d’un copil (DASEN, IA-IPR, coordonnateur …). Définir le cahier des charges du plan de formation académique, régler la mise en œuvre du « référentiel de l’éducation prioritaire ».