Publié : 12 avril 2013

Comment accompagner les jeunes en difficulté d’apprentissage scolaire ?

Conférence de Guy Sonnois, donnée au collège Jacques Brel (76410 Cléon) le 11 avril 2013, dans le cadre de la « semaine du Réseau de Réussite Scolaire Jacques Brel ».

Seul le prononcé fait foi

Préambule :

Le cerveau n’est pas limité à la naissance, il est plastique et se développe par les apprentissages. Le milieu social donne les codes de l’école. Il faut débusquer les fonctionnements implicites, les secrets de l’école.

Le voyage initiatique au pays de « l’apprenti-sage »

Que se passe-t-il dans la « boîte noire » (le cerveau) ?

Le cognitif et l’affectif sont intimement mêlés. Mais dans ce qui suit, l’affectif sera mis entre parenthèse, tenu à l’écart de notre réflexion.

1. Une première réalité mentale incontournable : le projet mental.

Exemple : on peut regarder un texte sans intention de le comprendre. Le cerveau obéit à des ordres. Pour cela une préparation mentale est nécessaire : préparer dans sa tête l’action qu’on va mener.

Si un enfant lit avec une autre intention que comprendre le texte, il ne le comprendra pas. Ainsi il faut permettre à l’enfant de se mettre dans le bon projet.
Mouvement du projet mental.

L’objectif du professeur est alors transformé par l’élève en « but pour moi » qui donne sens à l’activité mentale. Le projet est un saut dans l’avenir, c’est « envisager le futur ».

Force et faiblesse du projet mental.

Toute action mentale est sous-tendue par un projet visant à atteindre un objectif déterminé.

Il permet LA CONCENTRATION de l’activité mentale sur un but PERSONNEL précis et lui donne SENS et puissance. Mais on ne peut mener qu’un seul projet à la fois. Il ne faut donc pas se tromper de projet.

Faciliter la mise en projet :

-  Soigner le vocabulaire des consignes
-  Solliciter fréquemment leur reformulation
-  Provoquer des échanges entre les élèves sur leurs objectifs de l’école.

Les évocations mentales

« Le cheval dans la prairie, hennissant joyeusement », cette simple phrase n’évoque pas la même chose pour tout le monde (l’image d’un cheval, le bruit du galop, le mouvement …).

Les évocations sont une pure création personnelle, dans une infinie variété de natures et de formes. Les évocations sont le seul accès au sens. Elles se forment dans les activités familières, à partir de ce que l’individu connaît déjà (mémoire autobiographique). Elles peuvent être absentes ou insuffisantes dans les activités scolaires (mémoire sémantique). On peut former volontairement ces évocations.

Pour faciliter les évocations.

-  Faire évoquer un objet, une situation … en l’absence de sa perception (présenter une phrase de synthèse, puis la cacher et demander à l’élève de la retrouver).
-  Les histoires, les contes doivent être utilisés plutôt que la télévision

2. Les gestes mentaux.

Le projet d’apprendre s’organise en trois moments :

-  L’intégration des savoirs
-  La réutilisation des connaissances
-  La transmission à autrui

Pour l’intégration : 4 gestes mentaux.

-  L’attention
-  La compréhension
-  La mémorisation
-  La réflexion

Le geste d’attention

L’attention est le premier geste mental sans lequel aucun autre ne peut exister. Etre attentif c’est faire exister « dans sa tête » ce que je perçois.

Faciliter l’attention

-  Inciter explicitement les élèves à évoquer dans leur propre « langue » et valoriser tous les modes d’évocations.

-  En début de séance faire évoquer la séance précédente, à la fin annoncer la suivante

-  Favoriser les échanges entre élèves

-  Proposer des objets d’enseignements propices aux différentes « langues », support visuels notamment.

Le geste de compréhension

« Toute iconographie est chronophage », comment traduire cela ? Comprendre c’est traduire, mais traduire c’est trahir. Les étapes de la compréhension :

-  « Traduction » dans le langage personnel.

-  Vérification de la fidélité de la traduction (comparaison avec l’original, repérage des similitudes/différences).

-  Relation avec le « déjà-là », ce qu’on connaît, ce qu’on maîtrise.

Pour comprendre ce que j’apprends, ça prend du temps : il faut faire passer du « dehors de soi » dans le « dedans soi » (je perçois et je transforme à ma guise : en images, en paroles, en mouvements ressentis), enfin je compare (ce qui nécessite de posséder des références).

Apprendre c’est porter le regard vers la destinée de ce que je fais.

Faciliter la compréhension

-  Accepter des « paliers » de compréhension (tout ne se comprend pas tout de suite et de façon régulière).

-  « Pauses évocatives » aux moments clés

-  Susciter des traductions originales toujours suivies de confrontations avec l’objet d’apprentissage.

-  Utiliser tous supports matériels de transformation

ATTENTION PANNE FRÉQUENTE !

Beaucoup d’élèves bornent leur projet d’apprendre à la seule compréhension, ils sont en difficultés au moment du contrôle, car ils n’ont pas imaginé le « réemploi » de leur connaissance.

Le geste de mémorisation

Anticiper le futur et y déposer « l’objet mental » dans un avenir imaginé de réemploi. Ce transport à l’avance permet d’apprendre.

Faciliter la mémorisation

-  En aidant à imaginer les différentes utilisations
-  Réactiver périodiquement

Un « faux projet » fréquent : montrer au professeur qu’on a travaillé (en restituant tout ce qu’il sait). Pourtant ce qui est en jeu ce n’est pas de restituer mais de réutiliser.
La réutilisation des connaissances (situation problème) : évocation de l’énoncé, analyse, problématique, retour sur la mémoire, tri des connaissances, synthèse et application. Tout cela c’est réfléchir.

Le geste de réflexion

C’est la mère de toutes les compétences. Elle permet le transfert des acquis. Le geste de réflexion est toujours une prise de risque et son pire ennemi c’est l’intolérance face à l’incertitude. Son meilleur ami : le droit à l’erreur, dans un climat de confiance.

Faciliter la réflexion

-  Ouvrir le droit à l’erreur

Que faire du résultat de la réflexion ? C’est le plus souvent une production orale ou écrite. En fait il s’agit de pouvoir transmettre aux autres. Il faut que l’élève intègre dans sa tête « les autres » auxquels il s’adresse. Cette expression pour autrui nécessite que l’enfant s’imagine déjà transmettre ce qu’il sait et comment transmettre de façon claire et convaincante.

PANNE DU PROJET DE COMMUNICATION

Lorsque l’élève ne sait pas à qui il s’adresse, lorsqu’il ne sait pas à quoi c’est utile. A qui l’élève s’adresse-t-il ? A personne, à un ami, à une personne inconnue …

Pour aller plus loin :
aidautravailavecpégase.blogspot.com

Le livre de Guy Sonnois :
« Accompagner le travail des adolescents avec la Pédagogie des gestes mentaux », Chronique Sociale (2009)