Publié : 28 janvier 2013

La maîtrise de la langue dans toutes les disciplines

Intervention de Françoise ROBIN, IA IPR de lettres, auprès des comités de pilotage des RRS, le 27 novembre 2012.

Les situations d’apprentissage de l’écriture, de la lecture et de l’expression orale ont longtemps été circonscrites, au collège et au lycée, au seul cours de français , sous des formes traditionnelles : composition française ( introduction, développement, conclusion ) faisant appel à l’imagination et nécessitant syntaxe et orthographe correctes, lecture de textes littéraires et non littéraires aboutissant à des exercices d’explication de texte et de reformulation, didactique de l’oral réduite au seul exposé ( en fait un écrit oralisé ) et à la récitation. On a aujourd’hui compris que l’écrire, le lire et le dire sont fortement liés et que toute activité engage les autres : comprendre un texte permet de rédiger la suite ou ce qui précède, travailler la lecture orale d’un texte conduit à sa nécessaire explication, s’exprimer à l’oral, c’est connaître la langue orale et la différencier de l’écrite, réfléchir à la communication par un biais ou un autre. La didactique du français a dû évoluer et les derniers programmes de l’école, du collège et du lycée mettent en œuvre les trois activités de manière articulée.

Le seul champ disciplinaire du français ne peut pas non plus conduire à la maîtrise de la langue : la langue émerge du contexte, de la situation qui la provoque. Les disciplines scolaires génèrent toutes des situations de langue. Ainsi : bien lire en français ne suffit pas à bien lire dans toutes les situations, bien écrire ne suffit pas à savoir rédiger dans toutes les situations. Il faut abandonner l’idée d’une langue de référence transversale qui puisse servir à toutes les situations. De la même manière, écrire, lire et dire dans chaque discipline, dans des situations variées, conduit à une meilleure maîtrise de la langue en multipliant les occasions de pratique, en les développant dans des contextes différents. La compétence 1 – « La maîtrise de la langue française » doit donc être mise en œuvre dans son enseignement et dans ses apprentissages par toutes les disciplines, de manière sensible pour les élèves. Il est nécessaire que les élèves sachent qu’ils doivent maîtriser la langue pour apprivoiser le monde et ce, à travers toutes les disciplines.

Les acquis dans le livret personnel de l’élève peuvent n’être évalués que par plusieurs disciplines mais en aucun cas par les seuls professeurs de français. S’ils sont détenteurs des apprentissages d’une langue de service qui conduit à la perception fondamentale de tout énoncé, ils ne peuvent limiter leur enseignement à ce seul apprentissage et attester d’un palier dans la compétence « la maîtrise de la langue » suppose un état des lieux plus large. Rappelons avec Jean-François ROUET, directeurdu laboratoire « Langage, mémoire et développement cognitif » du CNRS, à l’université de Poitiers, qu’ « avoir des capacités tout-à-fait correctes au plan de la lecture des mots et de la compréhension de textes simples ne suffit pas » pour comprendre.

Le passage du primaire au collège est essentiel. En effet les programmes de français des classes de CE2, CM1 et CM2 précisent :

-  « La lecture et l’écriture sont systématiquement liées : elles font l’objet d’exercices quotidiens, non seulement en français, mais aussi dans le cadre de tous les enseignements »

-  « Tous les domaines d’enseignement contribuent au développement et à la précision du vocabulaire des élèves. »

-  « La lecture continue à faire l’objet d’un apprentissage systématique :

○ automatisation de la reconnaissance des mots, lecture aisée de mots irréguliers et rares, augmentation de la rapidité et de l’efficacité de la lecture silencieuse ;

o compréhension des phrases ;

o compréhension de textes scolaires (énoncés de problèmes, consignes, leçons et exercices des manuels) ;

o compréhension de textes informatifs et documentaires ;

o compréhension de textes littéraires (récits, descriptions, dialogues, poèmes).

L’élève apprend à comprendre le sens d’un texte en en reformulant l’essentiel et en répondant à des questions le concernant. Cette compréhension s’appuie sur le repérage des principaux éléments du texte (par exemple, le sujet d’un texte documentaire, les personnages et les événements d’un récit), mais aussi sur son analyse précise. Celle-ci consiste principalement en l’observation des traits distinctifs qui donnent au texte sa cohérence : titre, organisation en phrases et en paragraphes, rôle de la ponctuation et des mots de liaison, usage des pronoms, temps verbaux, champs lexicaux. »

Ces extraits permettent de mesurer combien l’écolier a travaillé le français dans toutes les disciplines et qu’il est nécessaire de poursuivre dans cette voie. Ils montrent aussi que la continuité entre les apprentissages spécifiques de la discipline Lettres à l’école puis au collège puis au lycée est importante. Le travail codisciplinaire a été facilité à l’école par la présence d’un professeur unique. Passer à la collégialité des professeurs est aussi un des enjeux de la maîtrise de la langue en ce qu’elle complexifie approches et contenus.

Chaque enseignant doit donc exhiber la logique et la cohérence de sa discipline dans la maîtrise de la langue. Il doit enseigner le lexique, les formes et les genres des textes et des supports que la discipline met en œuvre. Il doit également montrer leur rôle et comment la pratique de langue de sa discipline les utilise et dans quels buts. Les savoirs doivent être articulés avec les compétences en langue qui les construisent. Mettre l’élève en activité, c’est-à-dire le mettre en situation de dire, lire et écrire, fonde le dispositif pédagogique.

I. L’évaluation des acquis des élèves en 5e- maîtrise de la langue française – mai 2012 : mesurer des compétences langagières acquises dans plusieurs disciplines

II. Un exemple : lire, écrire et dire en mathématiques : comment faire ?