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Publié : 13 février 2007

Les activités culturelles sont-elles possibles en ZEP ?

Article d’Alain Bourgarel, secrétaire-adjoint de l’Observatoire des zones prioritaires

Les activités culturelles sont-elles possibles en ZEP ?

Question ridicule ! Personne ne la pose ouvertement. Il faut pourtant se demander si, tout compte fait, elle ne doit pas être posée. Car développer des activités dites « culturelles » sur le temps scolaire ne va pas toujours de soi, où que l’on se trouve, et a fortiori en ZEP.

Admettons, d’abord, que les activités culturelles sont utiles aux enfants et aux jeunes. La démonstration peut être refaite et aboutira même à la conclusion qu’elles sont non seulement utiles mais nécessaires, et qu’il ne peut y avoir d’éducation sans apports culturels. En fait, la question est plus précise : les horaires scolaires doivent-ils être le cadre d’une partie de ces activités ? C’est là que les acteurs de ZEP, les équipes pédagogiques au premier chef, se trouvent confrontés à des injonctions paradoxales.

Recentrage sur les apprentissages

Les ZEP ont été créées pour développer la réussite scolaire là où elle était notoirement insuffisante (Circulaire du 28.12.81). Cet objectif unique a été confirmé avec force ensuite (Circulaire du 01.02.90), puis réaffirmé avec non moins de force en 1997 et à plusieurs reprises depuis. Pourquoi cette insistance des ministres successifs ? Parce que les observations et évaluations des pratiques pédagogiques en ZEP ont montré une tendance centrifuge par rapport aux activités d’enseignement proprement dit. On fait trop « d’autre chose », de « socioculturel », d’activités « périphériques et ludiques », le pire étant « l’occupationnel ».

Cette affaire est sérieuse. Il ne suffit pas d’évacuer le problème en niant l’existence d’une tendance persistante à privilégier des activités qui avant tout « intéressent » les élèves, des activités qu’on pense susceptibles de pouvoir améliorer l’image publique de la ZEP (Ah ! des élèves de ZEP à l’Opéra, quel beau sujet pour les journalistes !), des activités qu’on oppose bêtement au « lire - écrire - compter ».

Soyons plus précis. Qu’est-ce qui est à juste raison dénoncé ? Ce sont les périodes du temps scolaire occupées par des activités où les élèves ne sont pas mobilisés intellectuellement ; plus exactement, c’est le pourcentage du temps de non-mobilisation par rapport aux heures de présence à l’école, pourcentage variable selon les âges. Si les élèves ne sont pas mis suffisamment longtemps ou souvent en situation d’apprentissage, il y a lieu, en effet, de s’en inquiéter, en particulier s’il s’agit d’élèves de ZEP, pour lesquels l’école représente souvent la seule occasion de se trouver dans ces situations.

Offrir un nombre insuffisant d’heures d’activité intellectuelle aux élèves de ZEP est dramatique : cela entraîne inévitablement une baisse du niveau d’exigence dans les objectifs de réussite scolaire. En conséquence, quand on analyse l’emploi du temps d’une classe, plutôt que d’observer d’une part le temps (résumons-le par cette formule) du « lire - écrire - compter », d’autre part celui des activités diverses dont les activités culturelles, on devrait observer d’une part le temps de mobilisation intellectuelle, d’autre part celui de la détente, de la récréation, du divertissement.

Ainsi, les activités purement scolaires comme les activités culturelles seraient analysées plus utilement, car les unes comme les autres peuvent être formelles, creuses et lassantes ou bien, au contraire, mobilisatrices, porteuses d’apprentissages et enrichissantes.

Ouverture culturelle

Les contrats de réussite scolaire des ZEP et REP comportent souvent un axe culturel. Il apparaît alors généralement comme parallèle à l’axe « parler - lire - écrire », axe encore plus habituel de ces contrats. La justification de la présence de ces deux axes procède d’une sorte d’évidence pour les acteurs de l’éducation prioritaire. Toute la difficulté est de faire en sorte qu’ils ne restent pas parallèles mais en rapport dialectique et que l’un comme l’autre entraînent des temps importants de mobilisation intellectuelle.
On voit alors l’importance de ces activités culturelles en tant qu’elles apportent une dimension nouvelle aux apprentissages dits « scolaires ». On découvre aussi que, bien conduites, elles donnent des repères aux élèves pour comprendre les autres, pour se situer dans la société, et qu’elles participent ainsi au troisième axe de la plupart des contrats de réussite : la citoyenneté. Il est parfois désolant de constater l’aspect étriqué et moralisateur de la mise en œuvre de ce dernier axe. En revanche, lorsqu’on retrouve, là aussi, une imbrication entre les activités culturelles et le développement de la citoyenneté, comme favorisant tous les deux le repérage de réalités sociales et l’inclusion dans le monde, on aborde un champ éducatif couvrant de façon plus large le développement de la personne.

Il est tout aussi désolant de voir parfois dans le cadre d’activités dites « culturelles » des enseignants amener des élèves à parcourir un musée, entendre un concert ou rencontrer un plasticien sans que cela n’ait été préparé, conduit avec sens et exploité ensuite. Pourtant, les innombrables actions et pratiques repérées dans des ZEP depuis vingt ans (par exemple suite aux conventions ZEP/Musées) ont montré la formidable mobilisation et l’impact décisif que des activités culturelles sérieusement conçues et mises en œuvre peuvent avoir sur l’intelligence, l’affectivité et la socialisation des élèves qui en ont bénéficié.

Compétence professionnelle

Cette attention constante à l’activité intellectuelle et cette pratique croisée de différents axes nécessitent de la part des équipes pédagogiques une haute compétence professionnelle. Elles nécessitent, de plus, une démarche d’explication auprès de personnes et institutions extérieures : représentants de la hiérarchie de l’Éducation nationale et partenaires. Aux premiers, il y a lieu de démontrer que le temps consacré pendant les heures de classe aux activités culturelles permet aussi aux élèves de se mobiliser intellectuellement et de se placer ainsi en position d’apprentissage, répondant à l’objectif de réussite scolaire qui est celui des ZEP. Aux seconds, il y a lieu d’expliquer en quoi les heures scolaires, contrairement au reste du temps, doivent être des temps d’activité intellectuelle, de création et d’apprentissages, et pas seulement des temps d’expression, de réception et de plaisir.

La gestion du temps scolaire est un problème fondamental du fonctionnement des ZEP : chaque minute compte car le compte à rebours est en marche dès l’entrée à l’école maternelle. La totalité des élèves doit sortir du système éducatif avec une qualification professionnelle reconnue. Ou plus, bien entendu. Or, déjà avant qu’ils n’atteignent l’âge de six ans, on décèle les difficultés que certains élèves vont avoir pour atteindre cet objectif. Dès lors, les équipes pédagogiques et éducatives, avec l’aide de partenaires qualifiés, se doivent de déployer des trésors de pédagogie pour qu’à chaque étape de la scolarité on soit « dans les temps ». On n’a pas le droit, avec ces élèves, de faire de « l’occupationnel », de baisser le niveau d’exigence, ou de pratiquer un recentrage sur les apprentissages dénué de sens et de mobilisation intellectuelle.
Chaque plage horaire de présence à l’école, au collège ou au lycée, doit permettre aux élèves de déployer une activité intellectuelle à partir d’activités scolaires traditionnelles, à partir d’activités culturelles ou à partir d’autres activités encore.

La question n’est pas « culture, oui ou non ? » mais, quelle que soit l’activité menée, « mobilisation intellectuelle, oui ou non ? ».