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Publié : 12 janvier 2009

Prévenir et lutter contre le décrochage scolaire.

Prévention et lutte contre le décrochage scolaire : compte rendu d’une journée d’échanges organisée au CRDP 76, le vendredi 9 janvier 2009.

Pages web académiques sur le décrochage.

Le décrochage Scolaire de la confrontation à la remédiation.
Intervention de Françoise TANON, maître de conférences à l’école Normale Supérieure lettres et sciences humaines de Lyon.

Que disait-on il y a 10 ans à propos du décrochage ?

1- Le décrochage est un phénomène complexe qui met en jeu un faisceau de causes.

- Des échecs répétés.
- Des conflits entre enseignants et enseignés (l’adolescence est un moment ou l’autorité est mal perçue ; l’adolescent a une pensée tournée vers lui-même, il a du mal à « sortir de soi » pour prendre de la distance).
- Un sentiment de dévalorisation de soi (désinvestissement de l’acte scolaire, phénomènes d’autocensure « je n’y arriverai pas »). Comment montrer ce qui a marché dans tout ce qui n’a pas marché ?
- Un absentéisme important. Il y a l’absentéisme dont l’élève est la cause directe et il y a l’absentéisme généré par le collège ou le lycée : exclusions de cours répétés.
- Des incivilités ou des violences verbales (et même violences physiques).
- Une orientation mal vécue. Attention aux orientations par défaut qui entraînent la perte du plaisir d’apprendre.
- Rupture ou absence de contrat pédagogique.
- Perte progressive du lien éducatif et social.
- Perte du sens des objectifs et des finalités de l’école.
- Elèves confrontés au chômage parental.

Des liens éducatifs et sociaux sont en jeu.

« Les chercheurs qui travaillent dans les zones de banlieues défavorisées notent que les élèves en difficulté accordent aux dimensions relationnelles une place essentielle qui contraste avec la place accordée aux savoirs. »

« La tendance générale qui se dégage de ces différents indicateurs est bien celle d’une « ethnicisation » de l’espace scolaire et des relations sociales qui s’y nouent plus marquées chez les élèves en position scolaire précaire, alors qu’au contraire les élèves en position scolaire favorable semblent plus réfractaires à une pénétration de l’espace scolaire par les catégories ethniques ».
(Marie Verhoeven, 2002, p.91)

Dit autrement : un bon élève ne fera pas référence, ou très peu à son environnement familial, à sa culture familiale.

2- Le décrochage est avant tout une souffrance.

- Souffrance liée à une perte de plaisir. Comment remettre une dynamique de plaisir dans la classe ?
- Souffrance liée à une perte de désir.
- Souffrance des élèves mais aussi des enseignants qui ne savent plus quoi faire. Quelles possibilités de soutien les corps d’inspection proposent-ils ?

Dans le décrochage, on ne peut pas dire : « l’autre seul est concerné -famille, école, élèves ... ». C’est l’affaire de tous !

Le travail en équipe est nécessaire : il s’agit de créer un maillage vigilant, attentif, avec re-mise en confiance de l’élève.

3- Quelques pistes d’action.

La diversité des public oblige l’école à reconsidérer son rôle : entre autres comment peut-elle aider à développer des talents singuliers chez chacun des élèves ?

Les questionnements nécessaires :

Comment favoriser un lien pédagogique plus étroit ?
Comment remettre du plaisir dans une classe ?
Comment penser les sanctions autrement ?
Comment bénéficier de la diversité de l’école, sous toutes ses formes, tout en respectant les valeurs de notre culture laïque ?

Exemple du projet Trait d’Union : Multicampus Multiquartier (TU2M).

Un partenariat entre 5 lycées et 3 établissements d’enseignement supérieur de la région lyonnaise.

Actions et personnes engagées.
Dans les actions : deux types de tutorat : hebdomadaires (d’octobre à mai) ; spécifiques (pour des activités plus ciblées).

Les personnes : 400 lycéens, 130 tuteurs réguliers et 50 tuteurs spécifiques, 18 enseignants référents et 2 CPE, 16 enseignants de grandes écoles.

Atelier français : pour moi l’école c’est ... ?

Après un temps d’expression, mise en mots et création de posters pour dire ce qu’est l’école.

Tables rondes.

- Prévenir le décrochage, dans la classe.

Lycée professionnel A. Briand à Evreux
Lycée Val de Seine, Grand Quevilly.
Lycée Flaubert, Rouen.

Quels sont les évènements qui vous ont conduit à vous préoccuper du décrochage scolaire ?

L’orientation par défaut vers des sections (BEP logistique, comptabilité, vente, action commerciale ...) dont le contenu éducatif était mal connu (vision erronée du métier de vendeur, méconnaissance des débouchées professionnelles). Ceci a entraîné beaucoup de désaffection d’élèves et des problèmes de comportement difficiles à gérer.

Quelles actions ont suivi ?

Lycée A. Briand. Travail en demi groupe classe avec la conseillère d’orientation : des élèves avaient à défendre la section d’apprentissage dans laquelle ils se trouvaient et un autre groupe était chargé de faire le procès de leur formation scolaire et professionnelle (« tribunal des métiers »). A suivi un travail de recherche sur les débouchées professionnelles de la formation que suivaient les élèves.
L’intervention de la conseillère psychologue a été importante car elle était dans un positionnement à la fois interne et externe à l’établissement.

BEP comptabilité (Lycée Val de Seine) : il a fallu travailler sur le sens des apprentissages. Il a été décidé d’implanter une « entreprise d’entraînement professionnel » (EEP) dans le lycée. Cette entreprise fictive était un concept existant dans le cadre de la formation continue, mais pas dans la formation initiale. Des moyens financiers nouveaux ont du être trouvés (auprès de la région) pour cotiser au réseau des EEP (3300 € par an). Des moyens humains nouveaux ont été apportés par le rectorat (un mi-temps).

Lycée Flaubert. C’est l’accueil de l’élève qui est particulièrement travaillé : entretien particulier avec chaque élève dans les premiers jours de la rentrée. Trois semaines après la rentrée, une rencontre avec les familles est proposée pour expliciter la formation apportée en BEP vente. Des professionnels viennent également à la rencontre des classes, ce qui permet un échange vrai avec les élèves. Des élèves de terminale vente ont également organisé un jeu de piste dans Rouen afin de repérer les enseignes des entreprises (le matin) et l’après-midi est consacré à la recherche de stage. Il faut donner aux élèves l’occasion de partir en stage très tôt dans l’année, afin de donner du sens aux apprentissages scolaires.

- Prévenir le décrochage, dans l’établissement.

Programme Alternatif à la Suspension Scolaire (PASS). Lycée Dumésil, Vernon.
Structure d’Accueil et d’Accompagnement Scolaire (SAAS). Collège des Andelys.
ARCOL (Lycée Marcel Sembat)
Lycée Modeste Leroy (à Evreux)

Les constats, les besoins recensés ?

La difficulté des élèves à travailler par eux-mêmes, à travailler chez eux.
Après la fermeture des 3ème d’insertion, il a fallu trouver des moyens pour le niveau 5ème-4ème d’une aide individualisée pour éviter le décrochage scolaire.
Des crises importantes dans les relations élèves-enseignants et des situations de violences scolaires importantes.

Quelles réponses ?

La structure PASS : chaque élève qui y passe a un suivi éducatif personnalisé. Deux salles de classes sont réservées ; 9h de décharge enseignante prises sur la DHG de l’établissement et 3 assistants pédagogiques permettent le fonctionnement de cette structure (des enseignants et des conseillers d’éducation viennent se greffer dans le fonctionnement de façon ponctuelle). C’est un travail d’équipe : prévention, accompagnement, sanction sont les trois axes de travail.

Espace SAAS : redonner un sens au savoir. Cette structure ne s’adresse pas aux élèves en grande difficulté scolaire. 12 élèves sont accueillis pendant trois semaines pour retravailler le vivre ensemble : c’est une pause au milieu de leur scolarité. Des professeurs volontaires, assistants d’éducations, documentalistes, COP ... interviennent auprès des ces élèves (en co-intervention). 7 H de la DHG sont consacrées à l’espace SAAS et un demi poste d’assistants d’éducation est mis à disposition. La structure nécessite également des heures de concertation.

ARCOL : accompagnement pendant la seconde, des élèves de ZEP motivés mais n’ayant pas un environnement familial ou socioprofessionnel facilitant. Pour repérer les élèves : fiche de liaison avec les collèges. Un demi poste d’enseignant permet la coordination du dispositif ARCOL. Orientation, développement culturel et soutien disciplinaire sont les objectifs poursuivis.

Pôles d’accueil : travail de la méthodologie (comment rythmer son apprentissage ? Comment organiser son travail ?). Soutien le mercredi après-midi. Le pôle accueil fonctionne tout au long de la semaine (un ou deux professeurs sont en permanence dans une salle, sur des créneaux horaires sur lesquels les élèves n’ont pas cours) et le pôle de remédiation (le mercredi après-midi) fonctionne avec 4 professeurs. Les moyens utilisés : TZR, utilisation des heures de la journée de solidarité ...

- Prévenir le décrochage, à l’aide des partenariats.

L’école ne peut pas travailler isolément et elle se doit de travailler avec les familles, les collectivités locales, les associations.

Un partenariat avec des associations. Collège Mocquet du Havre.
Un partenariat entre le lycée de Fécamp et l’enseignement supérieur (IUT et école de management du Havre).
Un partenariat avec un réseau d’aide à la parentalité (Réseau d’Ecoute d’Appui et d’Accompagnement des Parents / www.reaap76.fr). Collège de Pavilly.

Les constats initiaux.

Collège Mocquet. Il fallait retisser les liens avec les parents.
Collège de Pavilly. Un taux important d’élèves en difficulté en 4ème avec beaucoup de demande d’orientation en 3ème DP6. Il fallait redonner du sens à l’orientation des élèves.
Lycée de Fécamp. Peu de mobilité des élèves. Les lycéens s’orientaient prioritairement (toutes sections confondues) vers les trois BTS proposés dans la cité scolaire de Fécamp.

Les actions.

A Pavilly : pour retisser un maillage avec les parents, un groupe de travail a été créé pour proposer des actions en direction des familles (une salle pour recevoir les parents ; conférences débats sur les problème d’adolescence ; groupes de parole).

Au Havre : renouer un lien famille-établissement (faire de l’accueil, inviter les parents au conseil de classe, remise de bulletins de la main à la main) ; le collège a mis en place un « café des parents » qui rassemble une dizaine de familles. L’élève et sa famille sont invités avec sa famille, en 3ème, à chaque conseil de classe.

Fécamp : 14 élèves (2nde, 1ère ou terminale) sont suivis le mercredi après-midi par l’université. Le mardi ou le jeudi après-midi, ces élèves bénéficient aussi d’un tutorat avec un étudiant de l’IUT ou de l’école de management du Havre.