Publié : 25 novembre 2016

Rencontre inter-académique REP+ : le discours de Madame la Rectrice de l’académie de Rouen

Rencontre inter-académique des REP + du 16 novembre 2016
Discours de Nicole Ménager, Rectrice de l’académie de Rouen, Chancelière des universités.

Mesdames, Messieurs,
En 2013 l’académie de Rouen a eu le plaisir d’organiser les premières rencontres inter-académiques de l’Education prioritaire. Elles avaient réuni 340 personnes des académies d’Amiens, de Rouen et de Paris.
Les participants ont émis alors l’intérêt de tels échanges qui permettaient de faire émerger les besoins essentiels, presque structurels et, surtout de renforcer le sentiment d’appartenance au réseau national de l’Education prioritaire. Le souhait d’une majorité était de pouvoir renouveler l’expérience.

C’est chose faite aujourd’hui sous le format de la région académique et autour des 17 REP+ des académies de Caen et de Rouen. Dix rencontres inter-académiques ont ainsi lieu en France ; ces journées s’inscrivent dans le cadre du pilotage national. Elles accompagnent et soutiennent, dans la durée, la REFONDATION DE LA POLITIQUE de l’éducation prioritaire. Leur dimension inter-académique et interprofessionnelle enrichit la mutualisation entre tous les acteurs engagés qu’ils agissent au niveau des réseaux ou qu’ils soient en charge de responsabilités départementales académiques ou nationales.

L’ECOLE DE LA REPUBLIQUE se doit d’offrir à tous un destin commun. C’est un principe qui va de soi me direz-vous ; c’est aussi un principe qu’il convient régulièrement de rappeler. Dans un cours qu’il prononça en 1882, Ernest Renan distinguait les quatre attributs qui soudaient une nation :
– le consentement présent,
– le désir de vivre ensemble,
– la possession commune d’un vaste héritage
– et la volonté d’exploiter solidairement l’héritage que l’on a reçu.
Ces quatre attributs sont ceux de notre ECOLE REPUBLICAINE. Depuis la Troisième République la mission de l’école a toujours consisté et consistera toujours à raffermir chaque jour le pacte républicain qui nous unit et qui fait de notre pays une nation. L’école de notre République renforce partout où elle se trouve ce contrat social qui fait de notre pays une nation UNE. L’éducation pour être républicaine doit constamment restée vigilante afin qu’aucune fraction de sa jeunesse ne soit laissée en déshérence.

Comme l’écrit M. Aziz Jellab Inspecteur Général de l’Education nationale et correspondant académique pour l’académie de Rouen dans un article qui paraitra bientôt dans la revue Diversité « si l’on devait établir un inventaire des réformes scolaires engagées en France depuis quatre décennies, […] la politique de l’éducation prioritaire occuperait une place de choix. »

Lorsque Alain Savary décida en 1981 de créer par une circulaire interministérielle les Zones d’Education Prioritaire, il entendait selon la formule consacrée « donner plus / à ceux qui en ont le plus besoin. »
Alain Savary en dotant de moyens supplémentaires et d’une plus grande autonomie les établissements scolaires qui faisaient face à des difficultés d’ordre scolaire et social ne fut pas effrayé de rompre avec l’égalité légale pour faire advenir l’égalité réelle. Madame la Ministre de l’Éducation nationale de l’Enseignement supérieur et de la Recherche le souligne chaque fois qu’il lui en est donné la possibilité et demande que nos politiques éducatives mettent à l’épreuve ce principe de l’égalité des chances.

La France n’est pas une carte, elle est un alliage de territoires divers, variés et complexes. Prendre en considération nos élèves exige de notre part de prêter toute l’attention nécessaire à leur singularité d’enfant. « Ce ne sont alors plus les inégalités sociales qu’il s’agit de réduire », écrit Aziz Jellab dans l’article que j’ai mentionné il y a quelques instants, « mais plutôt des ʺ besoins éducatifs particuliers ʺ d’élèves pris dans leur singularité et auxquels il s’agit de répondre ».

La présence d’une école qui assure sa mission auprès de chaque enfant dans tous les territoires et qui garantit à tous son égal accès est ce qui soude la communauté de destin de tous les membres de notre nation. L’éducation n’est républicaine que lorsqu’elle sait se donner les moyens d’unifier toutes les composantes de notre territoire et chacun des membres de notre communauté nationale. Ainsi veiller que notre jeunesse puisse, sans exception, bénéficier sur l’ensemble du territoire d’une EDUCATION D’EGALE qualité, c’est pour nous prendre acte à la fois d’une prérogative qui nous honore et d’une charge dont il est de notre devoir d’être à la hauteur. La refondation républicaine de l’école est une opération de redressement national.

Depuis maintenant quatre ans nous sommes tous invités à participer à cette refondation de l’école de la République et à renouveler les outils de pédagogie et de pilotage utilisés pour faire face à la difficulté scolaire. En 2013, il avait été rappelé qu’Alain Savary n’avait pas souhaité une vie si longue à l’éducation prioritaire. La politique d’éducation prioritaire n’avait pas en effet vocation à durer. La politique d’éducation prioritaire devait constituer un moment. Ce moment s’est installé dans le temps et le principe de priorité s’est étendu à un quart de nos établissements en France. C’est la raison pour laquelle / la réforme de l’éducation prioritaire est intervenue en 2014 et que le principe de journée de réflexions thématiques comme celle-ci a été décidé afin de jalonner le travail des réseaux et de ne pas laisser s’installer l’extraordinaire comme une banalité ou un fait commun.

Cette loi POUR LA REFONDATION DE L’ECOLE a engendré une suite de réformes car comme l’écrivait Alexis de Tocqueville, « c’est L’EGALISATION DES CONDITIONS qui construit la société démocratique » : ce sont :
– le dispositif plus de maîtres que de classes
– la scolarisation des moins de trois ans
– la mise en place des ESPE
– la mise en œuvre des rythmes scolaires
– le socle commun de compétences de connaissances et de culture
– l’implication des collectivités dans la mise en œuvre des projets éducatifs de territoire.

Autant d’orientations qui ne constituent cependant que des cadres au travail de terrain à votre action pédagogique et au pilotage pédagogique qui doit en tenir compte afin de faire progresser les performances des élèves et, surtout, de leur permettre des parcours cohérents et aboutis quelle que soit la voie de formation choisie après l’école primaire et le collège.

Permettez-moi, cher Aziz, d’user d’un nouvel extrait de votre article pour souligner combien – et je vous cite – ces « récentes politiques scolaires ont permis d’accomplir un saut qualitatif en passant d’une logique de réduction des inégalités entre les catégories sociales vers une logique de valorisation des parcours individuels. ». C’est l’un des objectifs majeurs de cette journée : identifier avec vous les leviers les plus susceptibles d’être porteurs de changement et de progrès pour les pratiques et les enseignements dans les écoles et les collèges des réseaux. La thématique centrale choisie est l’une de celles qui ont fortement émergées lors des rencontres de 2013 : les conditions et les objectifs du travail d’équipes pour et au sein du pilotage pédagogique.

Trois perspectives guideront le contenu de ces rencontres :
– Faire collectivement un point d’étape de la mise en œuvre des orientations prioritaires.
– Présenter et mutualiser des organisations et des pratiques pédagogiques.
– Prendre le temps d’une analyse partagée des actions conduites en s’appuyant notamment sur les apports de la recherche.

Et je tenais à remercier à ce titre les deux conférencières, madame Anne BARRERE - sociologue professeure à l’université Paris-Descartes - et madame Marie-Laure LEPETIT, Inspectrice générale de l’Education nationale de leur présence et surtout de leurs contributions précieuses aux échanges de ce jour.

L’Education prioritaire est un axe de travail majeur pour l’académie de Rouen laquelle compte 45 réseaux depuis 2014 dont 14 REP+. L’académie est la 6ème sur le plan national pour ce poids de l’Education prioritaire. Ce « poids » ! Le terme est souvent utilisé sans que l’on n’ose évoquer tout le champ sémantique qu’il recouvre. Certains esprits pensent immédiatement à la notion de difficultés voire de handicap pour la bonne marche des apprentissages et pour la maîtrise des connaissances.
Mais ce terme de poids recouvre également la nécessaire inflexion des pratiques pédagogiques et des réflexes professionnels pour remédier aux problématiques spécifiques des publics scolaires fragiles et défavorisés socio-culturellement.

De plus en plus malheureusement d’aucuns oublient que des faiblesses naissent également des forces à condition que la difficulté soit abordée de front sans autocritique excessive mais sans complaisance également. Oui, il est difficile de faire développer de longs parcours scolaires à des élèves relevant de l’éducation prioritaire, mais oui également des progrès importants sont obtenus quand les équipes ont su identifier les pistes pour apporter à ces élèves les compensations nécessaires.

Oui, c’est dans l’éducation prioritaire que nous nous réjouissons de trouver un fort accompagnement des inspecteurs, des chefs d’établissement, des coordonnateurs et des formateurs.
Oui, c’est dans l’éducation prioritaire, que les pratiques de concertation, et de liaisons inter-cycles sont les plus développées et permettent la cohérence du suivi des besoins des élèves. Oui, cher Aziz, je confirme l’une de vos hypothèses : l’Éducation prioritaire constitue « une sorte de laboratoire ».

L’académie de Rouen se réjouit de bénéficier ainsi depuis plusieurs années d’évaluations menées en classe de 5ème et de l’exploitation de leurs résultats pour développer des stratégies d’accompagnement pédagogique.

Permettez-moi, mesdames et messieurs, à l’évocation de ce sujet de saluer plus particulièrement monsieur Bertrand VITTECOQ - IA-IPR d’anglais - référent pendant cinq ans de l’Education prioritaire pour notre académie et qui fut l’une des chevilles ouvrières, pour ne pas dire LA cheville ouvrière, de cet outil de PROGRESSION au sein de l’éducation prioritaire. Monsieur Vittecoq a passé le flambeau à son collègue Stéphane PRIGENT avant de faire valoir ses droits à la retraite mais je lui fais jouer les prolongations depuis plus d’un an afin de permettre à la fois une passation forte sur ce dossier majeur pour l’académie et la préparation de cette rencontre inter-académique. Qu’il en soit très officiellement, très chaleureusement et très sincèrement, remercié !
Oui, disais-je, le travail de l’académie a porté ses fruits. En 2013, les bilans avaient montré combien ce travail et les méthodes déployées avaient contribué à réduire les écarts entre l’éducation prioritaire et les résultats académiques hors éducation prioritaire. Beaucoup de travail d’accompagnement a été réalisé. Je me réjouis particulièrement que cette année dès le mois de septembre les enseignants nouvellement nommés dans les 14 REP+ de l’académie en écoles et en collèges aient été réunis pour leur présenter les différentes mesures de la refondation de L’EDUCATION prioritaire ainsi que l’esprit dans lequel cette refondation se met en place leur permettant ainsi de situer leur action dans un contexte académique et national. De même les lettres de mission des acteurs de cette éducation prioritaire ont été « revisitées ». L’académie a porté principalement les efforts de ces deux dernières années sur la question du climat scolaire et de la bienveillance pédagogique. Je ne vais pas citer ici l’ensemble du suivi et de l’accompagnement académique mené depuis près de deux ans. Permettez-moi seulement de souligner l’importance de la mise en place de rédaction de projets de réseau ; chaque réseau a ainsi été appelé à mener une réflexion autour du référentiel de l’éducation prioritaire et à définir des objectifs précis à atteindre à partir des constats effectués. Forme de contrat d’objectifs, ces projets permettent aux réseaux et à la pédagogie de l’éducation prioritaire d’être non plus abordée comme une thématique spécifique mais d’être au cœur du pilotage académique. Car la pédagogie est un terme qui ne renvoie pas toujours aux mêmes réalités selon le statut de l’acteur qui en parle ; or, c’est un pilotage pédagogique qui permet en amont la mise en place de pratiques efficaces au sein des réseaux à commencer par la faisabilité de temps de travail collectifs. Cet aspect est longuement développé dans le rapport de juillet 2016 du suivi de la mise en œuvre de l’année 2 de la refondation et sur lequel nos deux conférencières, mesdames BARRERE et LEPETIT, sont nettement plus expertes et légitimes que moi pour vous en parler dans quelques instants.

Pour achever ce propos introductif et avant de laisser la parole à mon collègue, Denis ROLLAND, recteur de Caen et recteur de région académique, je tiens à remercier très sincèrement l’ensemble des personnes qui a permis cette rencontre inter-académique. Merci aux co-animateurs et co-intervenants des ateliers de l’après-midi. Mes remerciements vont également aux équipes du lycée Georges Baptiste pour leur accueil, pour la mise à notre disposition de plusieurs locaux. Mes très sincères remerciements et je demande aux personnes concernées présentes de les transmettre à leurs collègues s’adressent également aux équipes pédagogiques et éducatives des réseaux, pour leurs travaux et surtout leurs réflexions qui doivent enrichir l’action académique.

L’académie de Rouen travaille résolument depuis maintenant cinq ans dans une logique SYSTEMIQUE à partir des actions et des travaux du terrain en s’appuyant sur les bassins d’éducation et de formation et sur les réseaux mis en place qu’ils soient réseaux d’établissements de formation ou réseaux de l’éducation prioritaire.

J’attends beaucoup des pistes qui émergeront de cette journée pour nourrir le travail académique et plus particulièrement le contenu du futur projet académique qui encadrera L’ACTION PEDAGOGIQUE pour les années 2018 à 2021.

Je vous remercie.